La comptabilité d’entreprise est rarement le premier domaine auquel on pense quand on parle d’intelligence artificielle. Pourtant, c’est précisément sur ce terrain que Rillet est en train de frapper fort.
La startup américaine, spécialisée dans les logiciels de gestion financière « AI-native », vient de lever 100 millions de dollars en Series C à une valorisation de 1 milliard de dollars. Plus surprenant encore : selon son CEO Nicolas Kopp, l’opération s’est bouclée en moins de 48 heures, alors même que l’entreprise n’avait pas prévu de lancer une nouvelle levée de fonds aussi rapidement.
Rillet devient ainsi une nouvelle licorne de la vague IA, avec plus de 200 millions de dollars levés au total depuis sa création.
Une levée déclenchée par la croissance
Le tour est mené par ICONIQ, avec la participation notamment de Sequoia Capital et Andreessen Horowitz (a16z). Plusieurs autres investisseurs historiques et nouveaux investisseurs participent également à l'opération.
Mais pourquoi une telle accélération ?
La réponse se trouve dans les chiffres.
Rillet affirme avoir plus que doublé son nouvel ARR au cours des trois derniers mois et compter désormais plus de 600 clients. La startup explique également que l'utilisation de ses agents IA progresse rapidement, tandis que des entreprises remplacent progressivement des solutions ERP traditionnelles par sa plateforme.
Et ce ne sont plus seulement des startups qui testent le produit.
Parmi les entreprises utilisant Rillet figurent notamment Mercor et Neuralink, ainsi que des entreprises publiques et d'autres sociétés à forte croissance.
Rillet ne veut pas simplement ajouter de l'IA à un ERP
C'est probablement le point le plus intéressant.
La plupart des logiciels d'entreprise suivent encore un modèle relativement classique : une base de données enregistre les transactions, puis les employés utilisent des tableurs, des outils d'analyse et différents logiciels pour effectuer le véritable travail.
Rillet veut inverser cette logique.
Son ambition est de construire un ERP conçu dès le départ pour fonctionner avec des agents IA.
Au cœur du système se trouve un general ledger, ou grand livre comptable, mis à jour en temps réel. Les données provenant des différentes sources de l'entreprise sont intégrées directement dans cette infrastructure.
Les agents IA peuvent ensuite travailler directement sur ces données.
Ils peuvent notamment participer à des tâches comme :
- la réconciliation des transactions ;
- le traitement des factures ;
- la reconnaissance des revenus ;
- la préparation des clôtures comptables ;
- l'analyse des données financières ;
- l'automatisation de workflows comptables.
Mais Rillet ne présente pas son système comme une boîte noire qui remplacerait complètement les comptables.
Les humains conservent notamment la validation, le contrôle et l'autorité décisionnelle, tandis que les actions réalisées par les agents sont accompagnées d'un audit trail, permettant de suivre ce qui a été fait.
C'est une différence importante : l'IA ne travaille pas simplement à côté du logiciel comptable. Elle travaille à l'intérieur du système financier lui-même.
Le « continuous close » plutôt que la clôture mensuelle
Le modèle de Rillet remet également en question une pratique bien connue des équipes financières : la clôture comptable de fin de mois.
Traditionnellement, une entreprise accumule des transactions pendant plusieurs semaines avant de demander à son équipe financière de tout réconcilier et de produire une photographie fiable de ses comptes.
Rillet défend une approche différente : le continuous close.
L'idée est simple : si les transactions sont traitées et analysées au fur et à mesure, pourquoi attendre la fin du mois pour comprendre réellement la situation financière de l'entreprise ?
Les agents peuvent prendre en charge une partie du travail répétitif en continu, permettant aux équipes financières de se concentrer davantage sur le contrôle, l'analyse et la stratégie.
Un exemple qui illustre le changement
Le cas de Mercor permet de comprendre pourquoi les investisseurs s'intéressent autant à cette approche.
Selon Rillet, Mercor fonctionne avec plus de 2 milliards de dollars d'ARR et une équipe financière de seulement trois personnes, en s'appuyant notamment sur les agents IA de la plateforme.
Il ne s'agit évidemment pas de conclure que trois personnes peuvent remplacer une organisation financière entière dans toutes les entreprises.
Mais cela montre quelque chose d'important : l'IA permet de faire évoluer le ratio entre la taille d'une entreprise et la taille de son équipe financière.
Et c'est précisément cette promesse qui pourrait intéresser les entreprises qui grandissent très rapidement.
Le vrai marché de Rillet : remplacer les anciens ERP
Rillet ne cherche donc pas uniquement à devenir un nouvel outil d'automatisation comptable.
La startup veut s'attaquer directement aux systèmes historiques utilisés par les grandes entreprises.
Elle affirme que des entreprises remplacent aujourd'hui des solutions comme Oracle Fusion, SAP, Workday, Microsoft Great Plains et NetSuite par sa plateforme.
C'est un pari beaucoup plus ambitieux.
Les ERP traditionnels sont profondément intégrés aux entreprises. Les remplacer est généralement coûteux, complexe et risqué.
Si Rillet parvient réellement à convaincre des entreprises de faire ce changement, son marché potentiel devient considérablement plus important que celui d'un simple logiciel d'automatisation comptable.
La startup a d'ailleurs commencé à élargir son terrain de jeu au-delà des entreprises technologiques, notamment vers la biotechnologie, la santé, la fintech, la logistique et les services professionnels.
Pourquoi cette levée est importante pour l'IA
Le cas Rillet révèle une tendance plus large dans l'industrie technologique.
Pendant plusieurs années, beaucoup de startups ont ajouté une couche d'IA à des logiciels existants.
Aujourd'hui, une nouvelle génération d'entreprises tente de faire l'inverse : reconstruire le logiciel autour de l'IA dès le départ.
C'est ce que signifie réellement « AI-native ».
Dans le cas de Rillet, l'IA n'est pas simplement un chatbot placé dans un tableau de bord financier.
Les agents disposent d'un accès direct aux données structurées du système, peuvent effectuer des opérations et sont intégrés aux processus financiers avec des mécanismes de contrôle et de traçabilité.
Le logiciel devient donc moins un simple endroit où stocker des informations qu'un environnement dans lequel humains et agents travaillent ensemble.
Et les comptables dans tout ça ?
C'est probablement la question qui reviendra le plus souvent.
Est-ce que Rillet veut remplacer les comptables ?
La réponse de l'entreprise est plutôt différente : automatiser le travail répétitif pour permettre aux professionnels de la finance de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
C'est un argument que l'on retrouve dans beaucoup de secteurs touchés par l'IA.
Mais la comptabilité possède une particularité : les erreurs peuvent avoir des conséquences financières, fiscales et réglementaires importantes.
C'est pourquoi l'audit trail, les contrôles et la validation humaine sont essentiels.
L'enjeu n'est donc pas simplement de construire une IA capable de faire une écriture comptable.
Il faut construire une IA dont on peut comprendre, vérifier et auditer les actions.
Et c'est probablement là que se jouera une grande partie de la compétition entre les futurs ERP AI-native.
100 millions de dollars pour construire la suite
Avec cette Series C, Rillet dispose désormais de plus de 200 millions de dollars de financement.
L'entreprise compte utiliser cette nouvelle capacité financière pour accélérer sa vision d'une infrastructure financière où les humains et les agents IA partagent les mêmes données, les mêmes règles comptables et les mêmes contrôles.
La question n'est donc plus vraiment de savoir si l'IA va entrer dans la comptabilité.
Elle y est déjà.
La véritable question est désormais de savoir jusqu'où les entreprises accepteront de laisser des agents IA intervenir directement dans leurs opérations financières.
Rillet vient de montrer que certains investisseurs pensent que la réponse pourrait être : beaucoup plus loin qu'on ne le pense.
Et avec une valorisation de 1 milliard de dollars obtenue en seulement 48 heures, le marché semble lui aussi vouloir connaître la réponse.
À retenir
Rillet en quelques chiffres :
| Indicateur | Chiffre | | ---------------------------- | --------------------------: | | Series C | 100 M$ | | Valorisation | 1 Md$ | | Temps pour boucler la levée | < 48 h | | Financement total | > 200 M$ | | Clients | 600+ | | Croissance du nouvel ARR | ×2 en 3 mois | | Principal investisseur | ICONIQ | | Autres investisseurs majeurs | Sequoia, a16z et autres |
Une chose est certaine : la prochaine génération d'ERP ne sera probablement pas construite uniquement pour être utilisée par des humains. Elle devra aussi être capable de travailler avec des agents IA.
Et Rillet veut être l'une des entreprises qui construisent cette nouvelle infrastructure.
Sources
Rillet — annonce officielle de la Series C
Qu'en pensez-vous ? Est-ce que vous feriez confiance à des agents IA pour gérer une partie de la comptabilité de votre entreprise ?



